Occultation occultée et Lune à l'ombre

 

 

En ce début mars 2007, pas un, mais deux phénomènes étaient au programme et cela à seulement deux jours d'intervalle. Une occultation rasante de Saturne et une éclipse totale de Lune, de quoi rendre fébrile tout amateur d'astronomie. Surtout qu'à cette saison, la météo sait jouer avec nos nerfs. Et pour le nomade que j'essaie d'être, c'est peut être encore pire. Toujours est-il qu'avec cette nouvelle escapade, les sédentaires vont pouvoir bien rire. Faire plus de 2000 kilomètres pour être sous la pluie le soir de l'occultation, c'est vrai que ça peut, c'est le cas de le dire, apporter de l'eau à leur moulin. Alors qu'en ce qui me concerne, à peine 100 kilomètres aurait été suffisants ! Mais voilà, à l'ère des satellites géostationnaires et des super calculateurs, les prévisions météo même à court terme sont toujours aussi nulles. Je crois même, qu'à cause du réchauffement, elles sont de plus en plus nulles. Mais bon, c'est en même temps rassurant que cette partie de la nature échappe encore à cette espèce animale toujours pas responsable ! Ah ! ça va mieux. Ceci étant écrit, je ne regrette pas du tout d'avoir fait tous ces kilomètres. J'ai quand même pu contempler l'éclipse de Lune dans son intégralité avec des conditions aussi idéales que sympathiques. Et oui, l'un des nombreux avantages d'être nomade c'est d'aller au devant de formidables rencontres. Mais voyons tout ça dans le détail.

 

Donc, à cause de la météo très changeante qui sévissait sur la France en cette fin de février 2007, je décide d'établir un camp de base à mi chemin de la zone d'observation de l'occultation rasante de Saturne. Equipé des adresses de sites web donnant les prévisions de la couverture nuageuse, il me semblait parfaitement réaliste de pouvoir trouver un coin de ciel dégagé sur les presque 1000 kilomètres que couvrait cette zone. Mais voilà, au soir du 28 février, soit une trentaine d'heures avant de début du phénomène, les prévisions ne laissaient entrevoir aucune trouée. Résultat, face à la difficulté de contacter maintenant un prévisionniste en chair et en os, il n'y a plus que des répondeurs automatiques, je prends la décision de rester sur place. Il était encore temps de rallier l'une des deux extrémités le lendemain. Effectivement, les prévisions du lendemain matin, indiquaient une percée au Sud-Est. Les autoroutes françaises étant ce qu'elles sont, c'est à dire en travaux,

8 heures plus tard nous étions arrivés sur les contre-forts Est de la vallée de la Durance avec un ciel pas vraiment dégagé. Alors, comme toujours, il a fallu faire comme si, mais cela n'a rien changé, le vent et la pluie était au rendez-vous. Pour en terminer sur cet épisode minable, sachez que ces sites de prévisions n'ont même pas vu, seulement 17 heures avant, qu'il allait y avoir des éclaircies au Nord-Ouest. Donc, un bon conseil, si vous voulez rater une observation, allez sur ces sites ! Alors vous pouvez imaginer que c'est sans aucune hésitation que j'ai choisi le répondeur automatique de St Auban pour connaître la direction à prendre dès le lendemain. "Une amélioration sensible venant du Sud", la décision était prise de poursuivre vers le département du Var. Mais je peux vous dire que la Provence c'est, comme ailleurs quand le ciel est couvert, pas terrible.

 

Cette petite animation de 4 images restitue dans quelles conditions j'ai découvert ce qui allait être un endroit formidable pour profiter pleinement de ce passage de la Lune dans l'ombre terrestre. Nous sommes dans le nord du Var à proximité du village de St Julien le Montagnier. Mais comment avoir trouvé cet endroit perdu ? D'abord grâce au répondeur de St Auban et ensuite à l'important relief de cette région. Pour ne pas prendre le risque d'avoir un horizon Est bouché au début du spectacle, je me suis dit qu'il fallait mieux chercher un site sur l'un des plateaux de ce secteur. Celui de Ginasservis, au Sud du Verdon, semblait tout indiqué. Après quelques fausses pistes, c'est ce genre de panneau en bois, visible sur 2 images, qui m'a conduit à cette ancienne bergerie perdue au milieu de centaines hectares de bois et de garrigue dont 33 font partie de la propriété. Egalement amateurs d'endroits isolés, plus nous avancions sur cette route devenue piste, plus nous trouvions cela sympathique. Et quelle surprise quand nous avons découvert que les courageux rénovateurs de cette imposante demeure étaient des Belges. Mais nous aurions pu nous en douter, car c'est connu qu'ils apprécient particulièrement cette région. C'est vrai que ça les change de leur "plat pays". Enfin, si vous voulez en savoir plus sur ce coin de Belgique provençale, voici l'adresse de leur site :

www.domaine-des-campeaux.com

 

Mais revenons au prétexte qui nous a encore une fois permis de faire cette étonnante découverte, pour le moment pas rassurante au niveau du ciel, quelques coins de bleu et beaucoup de gris. Allez ! on installe quand même. Avec toute la place disponible, il n'a pas été bien difficile de trouver l'emplacement idéal un peu à l'abri d'un petit vent d'Ouest complétant un tableau pas très optimiste. Les voyages coûtant de plus en plus chers, je n'ai toujours pas pu renouveler le matériel. C'est donc encore la vieille monture "maison" tremblant au moindre souffle qui fait le service. Pourtant, cette fois, elle n'avait à supporter que le poids d'un téléobjectif de 200mm ouvert à 4 équipé d'une webcam, le tout étant quand même solidement fixé sur un léger support en bois. Parmi les bizarreries de cette drôle de monture, je ne peux pas m'empêcher de vous préciser que l'entraînement en déclinaison est assuré par un moteur asynchrone 12v récupéré sur une pompe de lave glace ! Là on est vraiment loin du matériel chinois, quoique ?

 

Autre détail sûrement plus intéressant, comme c'était la première fois que j'allais essayé de faire des images d'une éclipse totale de Lune à une webcam, j'avais choisi d'utiliser une "vesta pro" modifiée longue pose. Qui peut le plus, peut le moins. Le jack de commande étant débranché pendant la phase partielle pour avoir toute la fourchette d'expositions. A ce sujet, autre détail utile pour les utilisateurs "d'Astrosnap", sachez qu'il est impératif d'arrêter la webcam avant de toucher à ce jack. Il est même fortement conseillé de débrancher également la prise usb. Et puisqu'on est dans dans les secrets de fabrication, lors des répétitions j'ai appris que l'on pouvait modifier les différents paramètres de la webcam (exposition, gain...) sans arrêter l'enregistrement des images. Je vais aussi profiter de cette image pour préciser, en particulier pour les jeunes, que cet entraînement par secteur lisse, d'une autonomie de seulement 150 minutes, est équipé d'un écrou dont l'usinage permet un retour rapide manuel. L'opération, repointage compris, demande moins d'une minute. Si vous voulez en savoir plus, contactez moi. Dernier détail pratique et pas des moindres : le confort. Ayant prévu un enregistrement de 5 heures et cela sans système d'autoguidage, les câbles sont assez longs pour que la monture et la webcam soient pilotables depuis l'intérieur de la voiture. Mais bon, nous voici en fin de journée et le ciel est toujours aussi pourri !

 

Les Belges ayant la bonne idée de prendre l'apéro et de dîner tôt, ce moment très convivial a très nettement permis de faire retomber la pression (hic). Mais, au milieu du repas, me souvenant qu'il y avait quelque chose à voir dans le ciel, le mal élevé que je suis sort de table pour aller voir l'état du ciel. Incroyable, plus que quelques lambeaux de nuages, en plus à l'Ouest, et plus de vent. Comme le début de l'enregistrement était dans à peine plus d'une heure et qu'il restait à faire cette sacrée mise en station, j'ai fait l'impasse sur le digestif maison. Surtout que le temps pour faire la mise en station avec cette décidément drôle de monture peut aller de 5 à au moins 30 minutes. Sans viseur polaire et Bigourdan étant trop laborieux, j'utilise une méthode qu'il faudrait bien qu'un jour je me décide à décrire dans une page "Astuces". Pour faire court, connaissant l'heure de passage au méridien de l'astre visé (Soleil, planète, étoile et même Lune si proche du méridien) et la latitude du lieu à un demi degré près, le réglage de l'axe des azimuts est suffisamment précis pour ce genre d'observation. Ici c'est Sirius qui a servi et, coup de bol, en moins de 10 minutes après un rapide contrôle sur la Lune, la dérive en déclinaison était plus que tolérable. Le spectacle pouvait donc commencer.

Maintenant, même en bas débit, si vous avez pris le temps de lire tout ce texte, les méga octets ci-dessous doivent bien être chargés.  

 

 

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Alors, ça roule ? Si ça saccade un peu, c'est normal, il s'agit d'une animation à 10i/s. Voici donc le résultat de 4 heures trente d'enregistrement mais surtout de beaucoup plus pour sélectionner, traiter, décaler et recadrer ces 570 images : explications. A l'origine 3500 images soit environ l'enregistrement d'une image toutes les 5 secondes, le disque dur de mon vieux portable ne pouvant pas en contenir plus. Heureusement, sinon ça aurait été dantesque. Contrairement à ce que vous pouvez voir et pratiquant moi aussi le "pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer", le guidage a été effectué sur la Lune. Il a donc fallu que chaque image soit décalée pour reproduire le mouvement propre de la Lune. Et comme je n'ai pas trouvé d'autre solution que de le faire manuellement sous Photoshop, il était hors de question de prendre toutes les images. Déjà que le décalage de ces images a été laborieux et cela malgré les scripts pour automatiser les actions répétitives. Deux avantages à cette méthode, l'utilisation d'une plus longue focale, en guidant sur une étoile, 100 mm aurait été un maximum et au final une animation originale en "full HD" soit 1440x1080 pixels au lieu des ridicules 640x480. Toujours est-il que ce que vous voyez correspond parfaitement au résultat obtenu avec un guidage sur étoile. Même la pente de la trajectoire a été respectée. Bien sûr, toujours par souci de réalisme, toutes les images ont aussi été remises dans le bon sens, facile avec les scripts.

Une autre opération largement facilitée par les scripts fut le traitement colorimétrique et il y en avait besoin. A cause d'un lamentable oubli, la couleur des images de la totalité était tout sauf réaliste. J'avais tout simplement oublié de modifier le réglage de la balance des blancs. Le pire c'est que je n'ai rien remarqué sur l'écran du portable. J'en connais qui vont dire que j'avais dû forcer sur l'apéro. Et bien non, c'est le rétro éclairage de l'écran réglé au minimum qui en est la cause.

Mais, le regard affûté de certains l'auront remarqué, il y a un défaut que je n'ai pas pu corriger. C'est ce défaut de mise au point visible sur les premières images montrant la partie dans l'ombre. Une chance, contrairement à la couleur, je m'en suis rendu compte rapidement. La fixation du téléobjectif interdisant tout déréglage, l'explication de cette défocalisation était ailleurs. Utilisant une optique non apochromatique et en plus n'ayant pas interposé de filtre coupant l'infrarouge, c'est certainement l'explication fourni par Pierre Charpentier qui est la bonne : "C'est un phénomène lié à l'aberration chromatique de l'objectif. Quand la lune est encore dans la pénombre, elle réfléchit beaucoup d'IR proche (et c'est là que tu as focalisé). Alors que dans l'ombre, il n'y a presque plus d'IR proche, uniquement du visible et certainement très peu d'IR lointain (thermique)." Résultat, la prochaine fois il faudra utiliser une optique apochromatique et un filtre supprimant l'infrarouge. Pourquoi je n'ai pas utilisé ce filtre ? Et bien parce que celui que j'ai, absorbe un diaphragme de lumière. Oui, je sais, c'est une m...

Autre défaut qui ne vous aura pas échappé, les à-coups pendant les phases partielles. Avant la totalité, ils sont dûs aux trop nombreuses modifications de gain et d'exposition ceci ayant pour effet de faire reculer l'ombre. Comme quoi cette possibilité de faire ces réglages pendant l'enregistrement est aussi un piège. Résultat, la Lune semble reculer. Donc pour supprimer cet effet désastreux, il n'y a pas d'autre solution que de supprimer plusieurs images, d'où ces à-coups. J'en profite pour remercier Pierre de m'avoir signalé un de ces reculs, encore moins réaliste que les à-coups. Par contre celui après la totalité est dû à une perte sauvage et inexpliquée de la webcam par le PC, encore ces lutins ! Entre l'inertie due à l'âge, l'obligation de redémarrer et de rerégler tout, se sont écoulées pas moins de 7 minutes.

Et non, ce n'est pas fini, il reste le son. Comme souvent maintenant, l'ambiance sonore du moment est enregistrée dans l'espoir de donner un peu plus de réalisme. Et bien tout ce que je peux vous dire c'est qu'à cette saison en Provence, à part les chiens et les hommes, il n'y a pas grand chose à entendre. J'ai donc eu beaucoup de mal à trouver des sons significatifs pour réaliser ce concentré sonore. Il y a juste entre la huitième et la treizième seconde et à la trente-huitième seconde la manifestation des représentants de la faune sauvage (oiseaux et batraciens ?) Mais un détail mérite d'être signalé. Si l'espèce humaine n'a pas l'air d'être affectée par la disparition du clair de Lune, les chiens semblent y être sensibles, pas un aboiement pendant la totalité.

Voilà, si ce n'est pas exploiter un document ça ! Et ce n'est toujours pas fini, un autre détail, visuel celui là, m'a incité à réaliser la très courte vidéo ci-dessous.

 

C'est pour mieux visualiser ce curieux détail présent sur une centaine d'images, que j'ai réalisé cette petite vidéo. En accélérant à 30 images/s (3x) et en réduisant la taille de la Lune, le déplacement d'une énigmatique ombre, du Sud de la mer des Humeurs vers la mer de la Fécondité, est plus marqué. Si j'insiste sur ce détail, c'est bien sûr pour avoir votre avis. Olivier Ruau, fidèle beta testeur, m'a donné le sien : "un effet de contraste amplifié par la faible dynamique de la webcam". Pourquoi pas mais, sans bien évidemment me prendre au sérieux, je pencherai plus pour un phénomène lié à la présence d'une importante masse nuageuse dans la partie de l'atmosphère terrestre correspondante. A qui le tour ? on fera une moyenne mais si un spécialiste de la question donne la vraie bonne réponse, je vous promets qu'elle sera publiée.

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Pour finir une vraie vidéo puisque réalisée à partir d'un enregistrement sur camescope DV. Là, j'ai juste eu à mettre cette petite merveille de technologie sur un trépied, à régler le mode d'enregistrement sur "Night" et à mettre la mise au point sur manuel. Ah si ! il a aussi fallu recadrer à deux reprises. L'accélération de 75 fois et le fondu ont été obtenus après avec un logiciel de montages vidéo. Et, bien que la résolution n'y soit pas vraiment, la compression n'arrangeant rien, c'est formidable comment ces petits appareils sont capables d'enregistrer les faibles lumières. L'étoile tout de suite à gauche de la Lune n'est que de magnitude 5. Malheureusement j'ai été un peu optimiste avec le réglage du zoom. Il aurait été préférable que l'ensemble de la totalité tienne dans le champ. Mais, sachez qu'à l'origine cet enregistrement n'était pas prévu, ce fut de l'improvisation elle aussi totale.

Pour conclure rapidement cette page peut-être trop copieuse, voici le rappel de trois détails :

  1. Il faut toujours faire comme si même et surtout si les prévisions météo sont défavorables.
  2. L'observation du ciel est un sacré moyen d'aller à la rencontre de personnes et de moments insolites donc inoubliables.
  3. Et les Lutins, ça n'existe pas.

 

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