Merise libyenne

 

 

Malgré le doute, j'ai encore une fois fait, commis diront les mauvaises langues, l'analyse de ce séjour ou plus exactement de ce raid d'une semaine au coeur du désert libyen. Raid qui aurait dû me permettre de profiter pleinement d'une nouvelle éclipse totale de Soleil. J'allais écrire "Murphy et sa loi à la con en avait décidé autrement" mais ça, c'est quand on se prend au sérieux. Je pourrai écrire aussi, mais là ça fait pas très sérieux, que le dieu "Argenticos" m'a puni. En effet, pour la première fois, j'avais décidé de ne faire que du numérique. Et finalement, vous allez pouvoir constater que le pauvre Murphy et l'improbable "Argenticos" n'y sont pour rien du tout. Mais voyons tout ça dans le détail avec quand même à la fin une vidéo résumant cette terrible éclipse.

 

 

©Guide

Entre le Brésil au lever et la frontière russo-mongole au coucher, cette éclipse semblait nous offrir un grand choix de destinations. Malheureusement, certains paramètres comme le tarif, la facilité d'accès ou la sécurité, rendaient ce choix beaucoup plus restreint. Et quand on ajoute les risques météo, il ne restait plus que deux pays : la Libye et la Turquie. Comme j'ai horreur de la foule, je n'ai pas longtemps hésité pour choisir la Libye. Il y avait bien l'Egypte mais la zone de totalité était vraiment trop petite et il manquait au mieux une dizaine de kilomètres pour accéder à la ligne de centralité. Déjà que c'est toujours trop court, pourquoi se priver d'avance de quelques secondes supplémentaires !

 

Il fallait maintenant choisir, sur les 1200 kilomètres de la ligne de centralité libyenne, la zone d'observation. Là non plus ce ne fut pas difficile. Pour la même raison que la Turquie, pas question d'être sur la côte. La distance aéroport/ligne de centralité étant décisive et le voyagiste "Point Afrique" proposant un vol Paris/Ghat, c'est la partie Sud qui s'imposait. Mais, ne connaissant pas l'état des pistes, les 700 kilomètres qui nous sépareraient de la zone d'observation étaient quand même inquiétants. Surtout que la durée du séjour n'était que d'une semaine. Finalement les autorités libyennes ont eu la bonne idée de transférer les vols internationaux de Ghat vers Sabhah, plus de 200 kilomètres gagnés.

 

Régime politique oblige, il fallait aussi trouver une agence exclusivement libyenne pour l'accueil et le transport. Mais avec le web, ce fut de la rigolade. Je me retrouvais donc dans le même cas qu'en 2001, pas de gestion du séjour mais une liberté de manoeuvre réduite voir nulle. En effet, la ligne de centralité passant à une cinquantaine de kilomètres du volcan " Waw el Namous", curiosité touristique par excellence, le choix de la zone d'observation n'était pas négociable. Il n'y avait plus qu'à espérer une tempête de ciel bleu. Cela dit, vous pouvez remarquer qu'il aurait été difficile de faire plus court. Et heureusement car les conditions de voyage dans des 4x4 pourris et saturés de vapeurs d'essence étaient à la limite du raisonnable.

 

Mais fort heureusement, au bout de ces journées difficiles, le camp était le plus souvent installé dans cet impressionnant décor. De quoi nous faire rapidement oublier toutes ces heures de chaos et de poussière. Evidemment, le premier soir ça fait drôle et on se demande si l'on va bien pouvoir dormir dans un environnement aussi différent. Et bien, avec la fatique de la journée en plus, cette ambiance si particulière a vraiment été propice au repos.

 

 

Avec un ciel sans aucun nuage depuis le début, la crainte météo était passée au second plan. En fait, c'était la panne mécanique qui était devenue le principal souci. Surtout que l'état des 4x4 inspirait tout sauf la confiance. Mais dans ces pays où la pièce d'origine n'est qu'une vue de l'esprit, nos chauffeurs n'étaient pas à court d'idées pour réparer l'irréparable. Cela dit la seule vrai panne (cet amortisseur), qui nous immobilisera une bonne heure, a eu lieu après l'éclipse. C'était donc sans aucune importance. Comme quoi, même hors d'usages chez nous, les véhicules japonais restent fiables. J'en profite pour les remercier ces chauffeurs, à l'image Sassi, pour leur gentillesse et leur joie de vivre. C'est en partie grâce à eux que ces difficiles conditions de voyage ont été supportables.

 

Un autre membre de l'équipe a aussi largement contribué à la bonne ambiance de ce séjour/raid, surtout pour nous français : Moktar le cuisto. C'est dans ces conditions qu'il nous préparait de sympathiques repas copieux et équilibrés. Des mauvaises langues ont quand même dit que ce n'était pas bien difficile de faire la cuisine en ouvrant des boites, certes. Mais ouvrir des boites de cette façon ce n'est déjà pas donné à tout le monde. Et puis comme nous n'avions pas de quoi faire du froid, les conserves étaient toutes indiquées. D'ailleurs personne n'a été malade.

 

Contrairement aux apparences, là nous sommes à plus de cents kilomètres de toute zone habitée. Moi qui m'était imaginé qu'en choisissant le désert libyen, on serait tranquille. D'après la police, plus de mille véhicules sont passés par là. C'est dingue comment les éclipses arrivent maintenant à déplacer autant de monde dans des endroits pareils. Alors à chaque arrêt c'était cette même vision et du fait que nous allions tous au même endroit, le fameux volcan, j'avais de plus en plus envie de prendre les chemins de traverses. Mais il n'y a rien eu à faire, les exigences policières étaient beaucoup plus fortes que les miennes. Comme prévu, l'arrivée au volcan s'est faite dans la poussière des autres et mes relations avec Mosa allaient encore se dégrader quand il m'annonce tranquillement qu'il n'avait pas le droit d'aller plus loin ! Nous étions bien dans la bande de totalité mais encore à une cinquantaine de kilomètres de la ligne de centralité. Je savais que je ne maîtriserai pas la gestion du parcours mais là s'en était trop. Alors, face à ma colère mais aussi voyant des 4x4 continuer vers le sud, la décision est quand même prise de poursuivre.

 

Cette image est celle de l'écran de mon gps là où nous décidons d'arrêter. Il nous restait 500 mètres à faire pour atteindre la ligne calculée par le brave Fred et 1500 mètres pour celle du bureau des longitudes ! Mais voilà, après le coup du volcan et ces 50 derniers et interminables kilomètres, avec plusieurs minutes à rouler dans du sable tellement fin qu'on aurait dit de la farine, on en avait assez. Et puis, d'autre campements étaient déjà installés. Pour l'anecdote, j'ai nommé ce site "Mosa" car, souhaitant rencontrer un ami installé à quelques kilomètres, notre touareg de Mosa allait revenir de nuit et il avait besoin du gps pour retrouver le campement. Et oui, les touaregs ne sont plus ce qu'ils étaient.

 

Alors que j'espérais une hauteur pour filmer l'arrivée et le départ de l'ombre, c'était plutôt raté. Difficile de faire plus plat ! Enfin, nous n'allions au moins pas être les uns sur les autres, plus de 500 mètres nous séparaient du groupe le plus proche. Et, autre détail important, le sol était parfait pour une installation stable du matériel. Un gros trépied surmonté d'une tête vidéo pour le petit camescope DV, un trépied plus modeste pour un zoom 70/210 équipé d'une webcam et un troisième trépied pour les deux microphones reliés à un enregistreur mini-disque. Quand à l'ordinateur portable pilotant la webcam, il avait trouvé sa place sur une table à l'ombre d'un 4x4. Tout semblait parfait mais un grain de sable, c'est vraiment le cas de le dire, est venu tout dérégler.

 

Là, nous sommes à environ 10 minutes de la totalité et, à défaut d'arbres, c'est la passoire de Moktar qui a servi pour visualiser par projection le croissant solaire. Au moment où je réalise ce cliché insolite, j'ai déjà remarqué que la souris du PC fonctionne avec difficulté. Problème provoqué par la présence de poussière apportée en permanence par le vent. Je commence à regretter de ne pas avoir acheté une mini souris optique comme je l'avais pourtant prévu. Mais voilà j'avais eu la très mauvaise idée de m'adresser à un pseudo magasin d'informatique comme il en existe beaucoup. Sans stock, il fallait commander et la veille du départ, ce n'était toujours pas arrivé. Le pire c'est qu'au lieu d'aller voir ailleurs, je décide de partir avec cette vieille souris à boule. Mais je garde pour la fin la chute pitoyable de cette lamentable erreur de préparation.

 

Et pourtant, avec cet extrait de la fiche de contrôle rédigée bien avant de partir, vous pouvez constater que j'avais quand même préparer un peu cette observation. Le plus curieux, et là c'est sans doute à mettre sur le compte de la fatigue, je n'ai même pas eu l'idée de mettre un tissu entre la table et la souris pour tenter d'absorber cette poussière. Toujours est-il qu'au moment des réglages de la webcam et d'astrosnap, elle ne veut plus rien savoir. Et c'est en essayant de m'en sortir avec le clavier que je plante le PC. Le temps de tout redémarrer, la totalité est déjà commencée mais avant de me précipiter sur le camescope qui normalement a du enregistrer l'arrivée de l'ombre, j'arrive malgré tout à lancer l'acquisition d'images. La suite va malheureusement confirmer cette loi de l'emmerdement maximum.

 

Et non, je ne peux pas m'empêcher de vous montrer le résultat obtenu à la webcam. Enfin une des seulement 24 images enregistrées. En réalité ça aurait du être une vidéo d'environ 1400 images. Mais au lieu de programmer 8 minutes, dans la précipitation j'ai réglé sur 8 secondes ! En plus j'ai dû aussi me planter sur le réglage de l'exposition, la couronne devrait être plus étendue. Cependant, avec la présence de saturation au niveau de la très basse couronne, ce matériel n'aurait pas permis de reproduire fidèlement l'observation faite aux jumelles. Ce qui était un peu le but de cette tentative.

 

 

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Avec tout ça, j'avais pris un sérieux retard pour effectuer le programme du camescope. Un 360 degrés pour montrer cette formidable lueur crépusculaire et un zoom/dézoom sur la couronne avec variation de l'exposition. Il a donc fallu aller plus vite que prévu. Résultat, une vidéo d'origine pas vraiment regardable. Heureusement que les logiciels de montage permettent de faire des miracles. Si la restitution de cette lueur étrange est bonne, pour la couronne c'est raté. Le moins que l'on puisse en conclure c'est qu'un camescope manque singulièrement de latitude de pose, cette possibilité d'enregistrer à la fois des détails dans les hautes et basses lumières. En argentique, avec un film sensible (400iso), c'est nettement mieux. Quant à l'arrivée et à la fuite de l'ombre, pour justement compenser ce défaut, j'avais décidé de laisser l'exposition sur automatique. Bien que cet automatisme provoque des variations de lumière, le résultat est satisfaisant, en particulier pour le noircissement de l'horizon. Par contre, et vos yeux exercés l'auront sans doute remarqué, il y a ce défaut qui apparaît fugitivement dans le tiers gauche de l'image. Là aussi je réserve l'explication pour la conclusion.

 

Sur place, à cause de la fatigue nerveuse accumulée, il m'a fallu pas moins de 24 heures pour digérer cet ensablage de souris. Mais quand j'ai appris au retour que l'hypermarché du coin avait en permanence des mini souris optiques, là je me suis vraiment traité de "nul à chier" et c'en était fini de donner des conseils !

Et, n'ayant pas eu l'envie de le faire sur place, quand je découvre ce défaut rendant une partie de la vidéo inutilisable, la décision était prise de ne plus jamais utiliser ce matériel dans de telle situation. Mais, là encore le matériel n'y est pour rien. Quelle idée de changer de cassette dans cette ambiance saturée de poussière alors qu'il restait largement assez de temps sur la cassette en place depuis la veille. Quand je pense que c'était pour augmenter les chances de réussite en utilisant une cassette de qualité optimale. C'est pourtant connu que le mieux est souvent l'ennemi du bien !

Depuis tout ça a fini par se décanter et cette déconvenue est devenue une expérience très enrichissante dont les enseignements sont les suivants :

Au fait, comme ces pages ne sont pas là pour vous détailler les conditions de ces voyages, j'ai volontairement omis de vous présenter les copains, Maurice, Pierre, Jean et Marie-Lise, qui m'ont supporté. Mais si vous voulez voir de vrais images d'astronomes amateurs, je vous invite à vous rendre sur les sites de Maurice et Pierre, eux ont vraiment été à la hauteur. Avec une mention pour Pierre, c'était sa première éclipse totale.

 

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