Annulaire amazonienne

 

 

Comme il ne faut jamais rester sur un échec, l'année 2006 aura vu le budget voyage exploser. En effet, bien que pas encore remis du fiasco libyen, je décide en juillet d'aller observer une nouvelle éclipse de Soleil, annulaire celle là. Mais, comme vous allez pouvoir le constater avec la vidéo, étant en pleine indigestion de matériel, je ne me suis pas embarrassé et ça donne un résultat encore une fois très amateur...

 

©Guide

Pour être honnête, j'avoue qu'une autre "bonne" raison m'a incité à me lancer dans ces nouveaux préparatifs. J'allais enfin avoir la possibilité de voir un anneau de Soleil peu de temps après son lever. En effet, avec ce "gros transit", à moins d'aimer le tangage et le roulis incompatibles avec la réalisation d'images stables, il n'y avait pas d'autre choix que de l'observer au moment du lever. De plus le choix de la destination était assez facile à faire. Sur les 14000 kms environ de son parcours, moins de 1000 étaient terrestres. Mais là où ça devenait un peu de la folie d'entreprendre ce voyage, c'était l'endroit où se situait ce millier de kilomètres : en pleine zone équatoriale. Cependant c'était la saison dite sèche, tous les espoirs étaient donc permis. Pas si fou que ça quand même !

 

En ne tenant compte que de la ligne de centralité (en jaune), il fallait quand même choisir entre trois destinations : le Guyana, le Surinam et la Guyane française. Ne souhaitant pas renouveler un séjour difficile avec cette fois au menu l'humidité et les insectes, je choisis sans l'ombre d'un doute notre département français, vitrine de la technologie spatiale européenne. Mais j'avais oublié que souvent derrière une belle vitrine, il y avait de vieux cartons. Résultat, ce fut très difficile d'organiser un séjour atypique (comme je les aime) et sur place nous avons été scandalisés de découvrir une pratique d'un autre siècle : la chasse autorisée toute l'année 24h/24. Pour voir des animaux sauvages, encore nombreux dans ces régions, il est donc préférable de visiter les zoos que les marchands du tourisme n'ont pas manqué d'installer. Et le WWF s'en fout ! Résultat, nous avons été les témoins de ce que cette situation engendre : une biche alaitante abattue pendant une ballade nocturne. Et nous sommes revenus avec une seule envie, ne plus jamais remettre les pieds sur cet honteux coin de France. Et aussi avec le regret de n'avoir pas opté pour le Surinam. Ce n'est peut-être pas mieux mais eux ont des excuses. Justement, toutes mes excuses pour cette diversion mais, passionné par l'observation du ciel, je ne peux pas être indifférent du reste de la nature et de ce que l'homme est capable de lui faire subir.

 

C'est pas tout ça mais il fallait encore trouver un endroit sur les 220 kms de cette ligne de centralité. J'avais déjà pris la décision de ne pas être sur la côte, deux raisons à cela. Toujours ce besoin de tranquillité et l'envie d'avoir un premier plan rappelant vraiment la forêt amazonienne, enfin ce qu'il en reste. Ces deux conditions devenant encore plus nécessaires quand, en plus des images, on veut rapporter du son. Compte tenu des possibilités d'accès en voiture à l'intérieur de la forêt fort heureusement encore très réduites, seuls trois choix étaient raisonnablement envisageables (les ronds rouges). Sur place, après renseignements, les deux endroits accessibles depuis St Laurent offraient trop peu de chance de trouver une échancrure bien orientée dans la dense végétation équatoriale. En plus l'auberge qui aurait pu servir de camp de base était injoignable (une autre subtilité du tourisme guyanais). Il ne restait plus que la zone accessible par une route conduisant au barrage hydro-électrique de Petit Saut. Donc une route en parfait état mais fallait-il encore trouver la brèche permettant de voir le croissant de Soleil se lever. Là, il n'y avait pas d'autre solution que d'effectuer une reconnaissance. Ah ! oui, j'oubliais, notre camp de base est à coté de Sinnamary. Cela aurait été mieux plus près de Kourou mais nous n'étions qu'à une heure trente de la zone côtière au cas où la météo ne serait pas de la partie à l'intérieur.

 

La veille de l'éclipse, le programme de la matinée était donc tout trouvé : recherche d'un site sur la route de Petit Saut. Surtout qu'un coup de fil à la météo avait confirmé que ça devrait être bon dans ce secteur là avec en plus la possibilité de brume pour servir de filtre. Je m'étais effectivement imaginé avoir ces conditions pour ne pas utiliser de filtre et avoir à la fois le Soleil et un premier plan. C'est vrai maintenant qu'avec l'informatique il est facile de rajouter un premier plan après mais voilà ce n'est pas mon genre. C'est donc équipé d'une boussole et d'un GPS que ce repérage commence. Première bonne surprise, ces larges terrasses sur plusieurs niveaux bordant la route. Offrant un espace bien dégagé et dominant la route de plusieurs mètres, c'est à croire qu'elles avaient été faites pour l'occasion. Qui sait, peut-être que la D.D.E. guyanaise est plus prévenante que celles de métropole.

 

 

Assez rêvé, encore fallait-il trouver la terrasse permettant d'accéder au pire à 6° au-dessus de l'horizon Est, hauteur à laquelle allait se former l'anneau (le deuxième contact). Deux sites se sont assez rapidement révélés favorables mais ils étaient encore un peu loin (5 kms) à mon goût de la ligne de centralité. La route coupant cette ligne, il fallait prospecter au moins jusqu'à cet endroit. Malheureusement, une fois sur place, rien à faire, ni terrasses, ni échancrure bien placée. Et l'accès au barrage étant bien sûr réglementé, il n'y avait pas non plus de possibilité à l'extrémité de cette route. Mais tout ça n'était pas un problème car 2 kms avant de croiser la ligne de centralité j'étais tombé sur le site parfait. 3 niveaux de terrasses bien orientés (presque Nord/Sud) et une ouverture horizontale d'une vingtaine de degrés sur l'horizon Est. Ce qui laissait une bonne marge de manoeuvre dans le cas fort probable d'erreur d'orientation. La boussole étant loin d'être fiable et le GPS inopérant pour l'orientation quand il n'y a pas déplacement. Il restait maintenant à mesurer la durée du trajet jusqu'au gîte. Avec seulement 45 minutes, c'était parfaitement jouable, curieusement nous étions dans les mêmes conditions qu'en Espagne l'année d'avant.

 

 

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Si je n'ai pas voulu m'embarrasser avec le matériel pour cette éclipse, je n'ai quand même pas pu m'empêcher d'apporter le nécessaire pour tenter une rotation du ciel. Une webcam modifiée longue pose équipée d'un mini objectif (selectronic) de 2 mm de focale ouvert à 2.5 ! Le tout raccordé à mon vieux portable (400 Mhz) cette fois équipé d'une souris optique. Pour piloter, le tortueux mais génial "Astrosnap" qui enregistre toutes les expositions de 30 secondes. Et voilà ce que ça donne une fois monté à 10 images par seconde soit une accélération de 300 fois. Si l'image est très "bruitée" c'est à cause de la température qu'il fait là-bas la nuit : 25°C ! Alors dans ces conditions les pixels chauds de toutes les couleurs ne manquent pas. Et malgré la modification "anti yeux de merlan", la création d'un dark sur mesure et les réglages finaux de contraste et de luminosité, le résultat est à la limite du regardable. Enfin, un coucher de Voie Lactée par 5° de latitude Nord, c'est pas tous les jours. Bon, c'est pas tout ça mais il y a une annulaire sur le feu.

 

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Alors qu'il aurait été presque possible de faire une grasse matinée, réveillés de très bonne heure, nous étions à pied d'oeuvre plus d'une heure avant le lever de Soleil. L'installation du trépied et du camescope a donc pu se faire "les doigts dans le nez". Mais le fait d'être arrivé très tôt nous a aussi permis d'entendre le réveil des singes hurleurs, (audible pendant les 15 premières secondes de ce montage). Et oui, n'oubliez pas de mettre le son. Côté ambiance, on n'aurait pas espérer mieux mais là où ça n'allait pas du tout, c'était côté météo. Pas une brume, pas un stratus pour me servir de filtre, une vraie tempête de ciel bleu presque comme en plein désert. Il y avait quand même plus de 90% d'humidité. Résultat, le seul filtre que j'avais, un "cokin", n'a pas suffi à compenser l'excès de lumière et la formation permanente d'eau sur ce filtre en plastique m'ont permis d'obtenir cet effet "hamiltonien" pas vraiment maîtrisé. Et pour cause, ce n'était pas du tout prévu. Et encore il a fallu jouer de traitements vidéo magiques pour que ça devienne plus réaliste. Je suis quand même satisfait car les phénomènes de "goutte noire" lors de la séparation des bords lunaire et solaire sont malgré tout bien visibles. A propos de l'anneau, il était en réalité moins large que ça, c'est la surexposition qui l'a rendu aussi épais. Promis on fera mieux la prochaine fois.

 

Bien qu'une annulaire puisse paraître banale à côté d'une totale, je peux vous assurer qu'avec l'ambiance sonore que nous avions là-bas et qui, je l'espère, transparaît chez vous avec le montage, ce fut encore une fois un vrai moment de pur bonheur. Vivement une totale en pleine jungle équatoriale et cela même si il y a des nuages, rien qu'avec les sons, ça doit être quand même magique. Après consultation du bouquin de Fred, ça nous emmène au 9 mars 2016 du côté de Bornéo. Bon, pas sûr que ça soit possible. On va d'abord s'occuper de celle du 1er août 2008 (carte ci-dessous) sans doute en Russie à moins que d'ici là...

Bons plans

 

 

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