Cerise sud-africaine

 

 

Voici le parfait exemple d'un séjour normalement consacré à l'observation stellaire qui s'est vu agrémenté d'un phénomène rare voire exceptionnel pour un lieu donné et curieux à observer : une vraie cerise quoi.

 

 

Fin 2004, alors que les dates d'un nouveau séjour en Namibie sont fixées, voilà ce que je découvre en faisant l'inventaire des phénomènes intéressants à observer en 2005. Au bord de cette zone grise, à seulement 800 km de mon camp de base (Tivoli), dans la nuit du 19 au 20 mai, Jupiter allait être partiellement occultée par la Lune. Mais voilà, je ne devais arriver que la semaine suivante (c'est tout moi ça). Devant cette occasion peut-être unique et bien que ce ne soit plus si facile, je n'ai pas hésité une seconde à faire modifier les réservations avion. Il me restait à trouver un hébergement si possible à proximité du site d'observation.

©Guide

 

Pour ceux qui n'ont pas la chance de connaître le logiciel "Guide", sachez que le trait bleu représente la côte, le vert les frontières et les marrons les rivières enfin, pour ces régions, le lit des rivières !

C'est dans la bande dégradée de gris, d'environ 80 km de large, que le phénomène serait observable. La Lune occultant moins de 10% de Jupiter dans la partie la plus foncée et plus de 90% dans la plus claire. N'aimant pas les extrêmes et pour augmenter les chances d'avoir un ciel dégagé, je décide de chercher un hébergement proche du centre de cette bande et à mi chemin de la zone choisie (depuis la côte jusqu'à 300 km à l'intérieur des terres). Par chance, alors que cette partie de l'Afrique du Sud est très peu peuplée, la petite ville de Springbok est, à 50 km près, idéalement placée. Sur le web, je constate que les possibilités d'hébergement sont assez nombreuses pour tenter le coup sans réserver. Si cette partie des préparatifs était pour ainsi dire réglée, il me fallait maintenant m'occuper du matériel à emporter. Et n'ayant pas mieux que le télé de 400 mm déjà utilisé pour l'occultation de Saturne, la décision était prise de casser une fois de plus la tirelire. Nous sommes début 2005 et il me reste 4 mois pour trouver l'instrument qui va bien, l'adapter à une monture à fourche "maison" et faire les essais, la routine quoi.

 

Si rien ne s'affiche

Et voilà, en 5 images, comment on arrive à loger dans un seul bagage de soute, un vrai trépied, une monture, une bonne partie des accessoires et les quelques vêtements de rechange. Quant au tube optique, le Maksutov "Intes-Micro" de 125mm de diamètre ouvert à 10, il avait largement sa place dans un petit sac à dos qui pouvait me suivre sans problème en cabine. A propos de cette nouvelle acquisition, c'est une fois de plus grâce à l'aide de Lucien, mon outilleur/fraiseur de talent, que j'ai pu l'utiliser. En effet, si le choix de l'optique est rapide (merci Philippe), impossible de trouver dans le commerce les colliers nécessaires à son installation dans la fourche de ma monture hors norme. De toute façon, avec cette mode des montures allemandes, il n'y avait même pas de colliers aux dimensions du tube. Il a donc fallu en réaliser un sur mesure et dans la masse s'il vous plait. Pendant que j'y suis, il faut aussi que je remercie Daniel de m'avoir fourni le bon adaptateur pour fixer la webcam au foyer. Deux semaines avant le départ, une fenêtre météo me permettait de finaliser avec des essais concluants. Ah ! si, j'avais encore quelque chose d'important à faire : personnaliser cette valise.

 

Et voilà ce que ça donne un astronomade heureux... Surtout n'allez pas croire que cette image est là pour vous montrer ce faciès béat ; sans intérêt. C'est uniquement pour vous apporter la preuve que je fais ce que je dis. Et c'est au pochoir que ces lettres ont été peintes, les auto-collants ne résistant pas longtemps à l'épreuve des aéroports. Un autre petit détail important, en fait j'ai deux bagages de cabine, le sac à dos et une trop lourde malette photo. Normalement, on a droit qu'à un seul bagage mais comme cette mallette a la bonne idée de se glisser sous le siège, ça ne pose pas de problème. Allez, c'est parti pour 10 heures d'avion et 3 heures en transit à Francfort avant de se retrouver la tête en bas à Windhoek.

 

Si rien ne s'affiche

Après tout ça et les 2 heures de route et de piste pour rejoindre Tivoli, c'est à peine croyable, mais je trouve encore de l'énergie pour remonter le matériel qui prend place sans problème à côté de la roue de secours supplémentaire. Détail rassurant dans ce genre de pays où il y a plus de pistes que de routes. Il faut dire que je n'ai pas trop de temps à perdre, nous sommes le 17 mai en fin d'après-midi et je dois être à 830 km de là le plus tôt possible le 19 pour trouver un site d'observation et un hébergement avec en prime un passage de frontière. Trop fatigué pour partir le soir même, surtout que ça commence par 100 km de piste, je partirai demain matin de bonne heure après avoir profité du calme "tivolien" et de son formidable petit déjeuner.

 

Bien que ces deux images soient sans intérêt pour le sujet qui nous occupe, elles me permettent de faire la transition entre Tivoli et Springbok. Nous sommes toujours en Namibie et, à Keetmanshoop, 400 km ont été parcourus. Et ça m'a fait tout drôle de voir que dans cet endroit perdu au millieu du sud namibien, ils avaient eu l'idée d'utiliser le français. Alors que la langue officielle est l'anglais et l'afrikaans celle la plus couramment utilisée. 200 km plus loin, ce lodge ou motel n'a pas eu de mal à me décider d'arrêter là pour la nuit. Nous sommes à quelques kilomètres de la frontière, matérialisée par la rivière Orange et il ne me restera plus que 200 km. J'aurai pu rester ici, la Lune passant à 42 secondes d'arc de Jupiter, ça tenait sur le capteur de la webcam. Mais bon, avoir fait tout ça et arrêter si près du but, vous ne me l'auriez jamais pardonné. En plus, j'aurais raté ce qui suit.

 

Oui, je sais, encore deux images superflues, c'est peut-être le début du gâtisme. Toujours est-il que l'exceptionnel appétit des sud'af n'est pas une légende. Si, si, cette pizza est bien pour une personne. Mais comme les voyages ça me donne faim, je n'ai pas eu trop de mal à faire comme eux, j'ai tout mangé. Si au recadrage j'en ai enlevé un peu, c'est que j'ai quand même un peu honte. Tout ça arrosé d'une bonne bière comme ils savent les faire et en compagnie de cette Maryline elle aussi à la sauce sud'af. Mais il fallait au moins ça pour me remettre de la difficile matinée que je venais de connaître. D'abord avec ce passage de frontière où, comme partout en Afrique, ce n'est jamais simple. Ensuite, le logde repéré sur le web et idéalement situé en pleine nature à une trentaine de kilomètres de Springbok était complet. Il a donc fallu que je repasse par la case départ et trouver ce qui sert d'office de tourisme. Charmante et surtout efficace, l'hôtesse a très vite trouvé trois logdes vacants. Le premier en pleine ville, n'offrait pas un horizon ouest suffisamment dégagé. C'est avec le deuxième que j'ai trouvé à la fois le site et l'hébergement parfaits.

 

Me voici donc par 29°41'58.1"S et 17°52'58.5"E, installé au Daisy country lodge. Concernant l'emplacement, je n'avais que l'embarras du choix mais un vent de Nord assez soutenu m'incite à préférer cet endroit à l'abri d'un bâtiment. Avec les trop nombreuses calories absorbées au déjeuner, je décide de faire l'impasse sur la sieste et de commencer l'installation, la table et les chaises, fournies par le sympathique et courageux propriètaire des lieux. Résultat, tout était prêt cinq heures avant l'acquisition de la première image. Largement le temps d'un dîner toujours copieux et, mais je ne sais pas si je dois vous le dire, d'une sieste qui a failli me faire rater le début. Pendant ce temps là, ça devenait inquiètant, le vent c'était considérablement renforcé. C'est vrai, j'ai oublié de vous préciser un détail pourtant important, un ciel bien bleu et sans nuage m'avait jusqu'à maintenant rassuré.

 

Faire un clic droit sur l'image pour accéder au menu permettant de lancer et d'arrêter la lecture. ou, si rien ne s'affiche, ici.

Comme vous pouvez le constater, ce vent devenu tempêteux était accompagné d'une turbulence à ne pas mettre un instrument dehors. Bien que je me soit souvenu qu'il fallait faire un maximum d'images, la capacité de stokage du mon portable ne m'a permis de capturer seulement une image toutes les 3 secondes soit au final 1250 images enregistrées sous astrosnap. Et je n'ai pu en utiliser que 195 pour réaliser cette animation. Malgré tout, ces images rescapées ne reproduisent pas trop mal ce qui s'est poduit entre 22h56 et 23h58 ce 19 mai 2005, accéléré ici 190 fois. En plus ce vent m'a empêché de réaliser l'enregistrement sonore qui pourtant apporte un plus à la restitution de tels moments. Comme à chaque fois, pour arriver à ce résultat, j'ai dû jouer au moine. En effet, les images n'étaient bien sûr pas alignées. Comme Avi2bmp n'a pas voulu le faire, c'est avec les calques d'un bon vieux Photoshop que je les ai recentrées manuellement. Quand à la mise en animation et à la compression, elles se sont faites sous Aviedit, un logiciel que je recommande, malgré de nombreuses erreurs rendant son utilisation aléatoire, car il est très peu gourmand en ressources donc très rapide.

 

Non, non, ce n'est pas fini ! La Lune m'offrant quelques jours de répit avant de retrouver le ciel noir de Tivoli, c'était largement suffisant pour faire le détour de 200 km de pistes qui m'a permis de découvrir ce paysage grandiose. Je vous assure, ces gorges de la rivière Poisson (Fish River Canyon dans le texte) n'ont rien à envier à celles du Colorado. Malheureusement, cette tempête arrivée la veille ne m'a pas permis d'en profiter pleinement. Cette météo, toujours là pour faire chi....

Je vous aurais bien mis ce panoramique en vidéo mais ça faisait 2 Mo en plus. Faut quand même pas pousser !

 

Encore une fois ce prétexte au voyage a parfaitement joué son rôle, des paysages superbes, des rencontres sympa et, malgré des conditions difficiles, une observation originale que je ne suis pas prêt de refaire. Pour preuve, si vous voulez assister dans de bonnes conditions à la prochaine représentation, réservez le 15 juillet 2012, en Arabie Saoudite et, pour ceux qui adorent l'aventure, au Soudan. Elle a lieu aussi en Angleterre mais c'est beaucoup moins drôle et trop près de l'horizon. Il y a bien le 29 décembre 2008 et le 22 février 2009 mais, là aussi trop près de l'horizon (<10°) et proche de l'équateur (Indonésie et Malaisie). Finalement, j'ai bien fait d'en profiter de cette occasion !

 

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