L'anneau de la Mancha

 

 

Pour finir cette sympathique année 2005 en beauté, nous avions un autre prétexte à visiter le monde : l'éclipse annulaire de Soleil du 3 octobre. Annulaire car la Lune n'étant pas assez grosse pour couvrir tout le Soleil, il reste un anneau de Soleil ; un gros "transit" quoi. Ce phénomène est certes beaucoup moins spectaculaire qu'une éclipse totale mais presque aussi rare, en moyenne une tous les trois ans. Et comme nous n'en avions jamais vu, il était temps de combler cette lacune. Le temps d'étudier les cartes était donc revenu.

Avant de continuer, je tiens à remercier Marie car sans elle il n'y aurait pas eu les images du site et du matériel. Une lamentable erreur ayant effacé toutes celles que j'avais réalisées. C'est quand même pas beau de vieillir !

 

En effet, moins spectaculaire ne veux pas dire pour autant un positionnement moins exigeant. Pour voir cet anneau de Soleil, il faut être dans cette étroite bande verte. De part et d'autre, l'éclipse est dite "partielle", il reste un croissant de Soleil. Et, pour avoir un anneau parfaitement régulier, il faut être en plus au centre de cette bande.

 

Comme les temps sont durs et que les statistiques météo ne veulent toujours pas dire grand chose, nous allons d'ailleurs le constater une nouvelle fois, la décision est rapidement prise d'aller chez nos voisins espagnols. Et, pour éviter les problèmes de bagages de plus en plus fréquents avec l'avion, c'est par la route que nous ferons ce sympathique aller et retour de 3000 kms. Je dois quand même vous avouer que ce sont les statistiques qui m'ont incité à choisir le secteur à l'Est de Madrid.

 

 

 

Et oui, Madrid étant devenue avec l'Europe une ville "normale", c'est à dire très difficile à contourner, pour nous qui préférons la campagne il fallait déjà choisir entre l'Est ou l'Ouest de cette concentration humaine. Il y avait trop de risque de se retrouver coincé dans l'embouteillage habituel pour ce genre d'endroit. Après quelques recherches sur le web, je finis par trouver un gîte rural situé à Zafra de Zancara. Camp de base idéal, nous étions à moins de 20 kms de la ligne de centralité et à 6 kms de l'autoroute Madrid/Valence. Ce qui nous permettait de rejoindre rapidement un éventuel coin de ciel dégagé dans ce secteur représentant quand même 350 kms de long. Mais, avec le ciel sans nuage à notre arrivée le 30 septembre, c'est sans hésitation que nous décidons de prospecter à proximité du gîte avec l'aide du fidèle récepteur gps. Compte tenu de ce que j'avais envie de faire, filmer le paysage pendant tout le phénomène, il fallait que je trouve un endroit avec un horizon bien dégagé à l'opposé de l'éclipse. Le Soleil étant à 16° de hauteur au début du phénomène, l'horizon correspondant était moins problématique.

 

Ces fonds de cartes ont été obtenues avec le logiciel Guide ©

Sur la route vers Cuenca empruntant une vallée, nous ne trouvons rien d'assez isolé et d'accessible dans les 2 kms que je m'étais fixé de part et d'autre de la ligne de centralité. Ce n'est qu'en milieu d'après midi que nous découvrons le site à priori parfait à 400 m de la centralité. Un horizon dégagé carrément sur 360° et la possibilité de se mettre à l'ombre. Détail très important dont je n'ai pas fini d'entendre parler à cause d'une météo de folie qui allait en décider autrement.

 

Et oui, il fallait bien que cette empêcheuse de bons moments joue avec nos nerfs. Voilà le ciel que nous avions, côté Est, une vingtaine d'heures avant. Mais, l'Ouest étant beaucoup plus propre et les masses d'air se déplaçant d'Ouest en Est sous ces latitudes, on pouvait espérer que la situation irait en s'améliorant. N'ayant pas la possibilité de se connecter à l'internet, c'est par la télé, après avoir vu la misère du monde (la même qu'en France d'ailleurs), que nous avons la confirmation qu'une dépression sévissait bien en Méditerranée et qu'un brave anticyclone régnait sur le golfe de Gascogne ; exactement le contraire des statistiques. Et comme une dépression est capable de rester sur place, l'éventualité d'un déplacement vers Madrid n'est donc pas exclu. Mais les prévisions du soir (re misère du monde) nous confirment que ça devrait être bon pour nous. Effectivement les nuages au dessus de l'horizon Est se sont légèrement éloignés. Mais la météo, ayant plus d'un tour dans son sac, n'avait pas dit son dernier mot. L'explication avec l'animation qui suit montrant l'évolution pendant le phénomène.

 

Cette dépression un peu à l'Est du golfe de Gênes génère, mais là c'est moins évident, un flux de Nord à l'origine des drôles de conditions d'observation que nous allons découvrir. Nous sommes donc le 3 octobre, debout à 3 heure TU pour voir si le ciel et les cartes météo de la TV vont bien nous confirmer les prévisions de la veille. Ouf, c'est tout bon enfin presque. C'est seulement en route que nous constatons la présence d'un vent assez fort pour soulever la poussière des champs desséchés. Une fois arrivés sur le site, nous réalisons rapidement qu'à cause de ce vent estimé à 80 km/h, un genre de mistral, il nous est impossible de nous installer. Il nous faut donc trouver un autre site abrité et l'éclipse commence dans moins de deux heures. Heureusement que nous sommes partis tôt (5h30).

 

©Marie Mathieu

Nous avons de la chance, quelques minutes plus tard, nous trouvons un terrain non cultivé suffisamment abrité de ce vent qui ne veut pas mollir. Et voilà ce que ça donne une bande de fous d'éclipses mais comme nous sommes sur les terres d'un certain Don Quichotte, ça ne se remarque pas trop. Détail important, au thermomètre de la voiture il ne fait que 11°C. Moi qui avait cherché un endroit avec de l'ombre... Mais ce vent offre un formidable avantage, pas la moindre diffusion autour du Soleil, c'est tout bonnement coronal ! Là, si tout semble calme, ce ne fut pas le cas au moment de l'installation. Il nous restait moins de 90mn avant le début du phénomène. Mais comme je ne prévois plus de mise en station, j'ai eu largement le temps de tout installer à commencer par les jumelles, équipées de filtres en "Astrosolar" de densité 5, pour que Chantal, Marie et Claude commencent par constater que cette éclipse se ferait sans aucune tache. J'ai même eu le temps de contrôler avec le PC si l'heure du premier contact et du milieu de l'éclipse était toujours la même à ce nouvel endroit. Paramètres importants pour synchroniser les enregistrements prévus : photo, vidéo et son mais rien de très compliqué...

Petit détail pratique, si comme moi, vous ne pouvez pas compter sur la batterie de votre PC, équipez vous d'une petite alimentation à découpage qui permet, à partir du 12V, d'avoir du 14, 16, 18 et même du 24V (pour info, 42.5€ chez Selectronique).

 

©Marie Mathieu

A commencer par, diplodocus argenticus oblige, une série de 36 photos sur "Fujichrome Velvia"(50iso) au foyer du petit Maksutov "d'Intes Micro" de 1250mm de focale ouvert à 10. Pour ne pas y mettre le feu, il est équipé d'un filtre pleine ouverture en "Astrosolar" de densité 3.8. Ce qui nous donne, après essais, un cliché au 1/1000 de seconde et cela toutes les 5 minutes pour éviter le délicat changement de pellicule pendant le phénomène. Peut-être sous exposé au début à cause de l'absorption atmosphérique mais puisqu'elle existe autant la visualiser. De toute façon avec le ciel que nous avons, ce serait minime. Le tout est installé sur une tête et un trépied "Manfrotto" mis de niveau et lesté avec des pierres pour encore augmenter la stabilité. Avec un vent pareil, ce n'était pas du luxe.

 

Si l'Intes est installé au fond du terrain pour être le plus possible à l'abri du vent, je n'ai pas d'autre choix pour le camescope que de le mettre en plein vent pour profiter de l'horizon Nord-Ouest offrant un paysage sympathique. Il est donc encore plus nécessaire de lester le trépied en lui accrochant ce sac plastique rempli de pierres qui, pour mal faire, n'ont pas une densité très élevée. Là non plus rien de très compliqué, deux réglages pouvant être fait à l'avance : la mise au point sur manuel pour éviter le risque de défocalisation dû à la baisse de lumière et la configuration en mode LP pour avoir un maximum d'autonomie (2h). Il fallait juste que je pense à mettre l'exposition sur manuel, pour bien enregistrer l'assombrissement, juste au moment de lancer l'enregistrement à 8h59 soit une heure avant le milieu de l'éclipse. Quant aux micro, bien qu'équipés de bonnettes anti-vent, ils sont installés en contre-bas mais j'ai bien failli oublier de les mettre en marche ! C'est vraiment pas beau de...

©Marie Mathieu

 

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Voilà ce que j'ai trouvé cette fois pour essayer de vous faire profiter au mieux de ce phénomène. Une drôle de superposition pour tout voir en même temps et une accélération de 164 fois qui visualise parfaitement la baisse réelle de lumière. Mais comme il nous est impossible de mettre nos yeux sur manuel pour les empêcher de compenser les changements de lumière, l'assombrissement que nous avons constaté fut moins important. Suivant bêtement la cadence, j'en oublie de faire un cliché au moment du deuxième contact alors qu'il s'y passe plein de choses avec ce phénomène de "goutte noire" entre le bord lunaire irrégulier et le bord du Soleil. Tiens, tiens, une vidéo en gros plan de ces deux instants mériterait d'être tentée. Même erreur pour le cliché de l'anneau, je déclenche avec une trentaine de secondes de retard. J'ai fini par réaliser mon erreur pour le troisième contact, il était temps.

Avec la bande son, il n'est bien sûr plus question d'accélération mais plutôt de concentration puisque ce sont quelques uns des passages les plus intéressants mis bout à bout et, synchronisés au mieux avec l'image. Et c'est peut-être à l'écoute de ces sons que vous aurez la meilleure restitution de ce phénomène. Encore qu'à cause du vent, nous n'avons pas pu entendre ces chants d'oiseaux qui ont salué le retour de la lumière. Concernant les réactions humaines qui, par ailleurs, se suffisent à elles même, il y en a quand même une qui mérite que l'on s'y intéresse car assez incroyable. A un moment je constate avec beaucoup d'étonnement que "je vois la face de la Lune" en plus après le troisième contact. En effet, voir certaines configurations lunaires à travers un filtre solaire et le viseur poussiéreux d'un boîtier photo me semblait impossible. Mais, n'ayant rien bu d'alcoolisé et pas encore de tisane faite avec le thym local, j'étais bien obligé d'admettre qu'une lumière cendrée était malgré tout visible au foyer du Maksutov. Bien sûr les autres ont commencé par dire qu'il fallait que j'aille me reposer et ce n'est pas pour me faire plaisir que quelques secondes plus tard, aux jumelles, ils faisaient la même constatation. J'avance une explication, c'est le contraste exceptionnel dû à l'absence totale de diffusion atmosphérique qui a permis cette observation. Mais peut-être que des spécialistes de la question pourraient nous en dire plus...

 

Résumé : Une météo qui, encore une fois, n'a pas respecté les statistiques et nous a confirmé que rien n'est jamais acquis d'avance. La mobilité demeure donc un élément capital et de ce fait, il est préférable de prévoir du matériel facile et rapide à installer. Mais ça ne veut pas dire que l'on peut arriver au dernier moment. Même facile et rapide, dans ces moments là, l'installation est souvent plus longue qu'à la maison. Pour finir, et c'est aussi pour moi, ne pas s'enfermer dans un minutage trop rigide ne prenant pas en compte les temps forts du phénomène.

Allez, je vous donne rendez-vous un certain 29 mars 2006 quelque part en Libye pour voir si ces conseils auront une nouvelle fois été utiles.

 

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