Une éclipse botswanaise

 

Voici le récit on plus excactement l'analyse du voyage qui m'a permis, alors que le contexte météo était défavorable, d'assister dans d'excellantes conditions à l'éclipse totale de Soleil du 4 décembre 2002.

Contrairement à 2001, j'avais la totale liberté de mettre en pratique tout ce que les huit autres voyages d'éclipses solaires m'avaient appris. Cela dit je n'ai pas la prétention de vous donner la recette qui vous permettra à tout coup de réussir. Les subtilités de la météo mais aussi des imprévus tels qu'une banale panne de voiture se réservent le droit de tout faire rater.

 

 I - La préparation

Avant de rentrer dans le vif du sujet, la réponse à une question fondamentale :

- Pourquoi choisir cette démarche alors que des organismes, toujours plus nombreux, proposent des séjours où il n'y a rien d'autre à faire qu'à payer ?

Ce n'est malheureusement pas l'argent qui motive cette démarche, c'est souvent plus cher, mais l'envie de mettre le plus de chances possible de son côté. Et l'un des paramètres qui augmente les chances d'avoir un ciel sans nuages, c'est la mobilité. C'est d'autant plus vrai, qu'actuellement il est assez facile d'avoir d'accès aux prévisions météo. La logistique nécessaire à un groupe, disons plus de 6 personnes, mais aussi son inertie sont difficilement compatibles avec des déplacements improvisés de plusieurs centaines de kilomètres. C'est pour cette raison que les voyagistes prévoient toujours un site plutôt qu'une zone d'observation.

 

Avec cette carte montrant, en gris foncé, le trajet qu'allait effectuer l'ombre de la Lune, on voit que cette éclipse nous laissait déjà le choix entre deux continents. Les statistiques météo étant plus favorables à l'Australie.

Mais il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour choisir. Et c'est une raison totalement indépendante des statistiques météo qui m'a fait choisir le continent africain. Tout mon matériel d'observation stellaire étant resté en Namibie, à 1200 kms de là, il n'y avait pas d'autre choix. Bien que, pour cette zone, ce soit le Zimbabwe qui offrait la ligne de centralité la plus longue, à cause des graves problèmes que connaissait ce pays, je lui ai préféré l'Afrique du Sud et le Botswana.

C'est bien joli de ne pas se fixer à l'avance un lieu d'observation mais il faut bien déterminer l'endroit où il faut être la veille. C'est cette image relevée un an auparavant et la certitude d'avoir accès aux prévisions météo via le téléphone et le web qui m'a fait préférer la région de Messina pour le choix du camp de base. J'avais fait ce choix en sachant également que les 650km nous séparant de l'autre extrémité de la zone choisie était faisable dans la journée.

Concernant la météo, avec les progrès réalisés dans le domaine des prévisions, il vaut mieux se donner les moyens d'y accéder plutôt que d'utiliser les statistisques pour choisir le lieu de l'observation. Comme me l'avait dit un prévisionniste "pour des évennements très ponctuels, les statistiques ne sont d'aucune utilité" et d'ajouter " Quand il y a 80% de chance d'avoir un ciel sans nuage, il reste 20% de risque qu'il soit couvert". Je m'excuse pour les mauvais souvenirs mais il suffit de se rappeler ce qui s'est passé en France pour l'éclipse de 1999...

 

II - Une fois sur place

 

Voici de nouveau la carte du début avec le tracé du parcours que nous avons dû effectué à cause des nuages. C'est en fin d'après-midi du 2 décembre que nous sommes arrivés à Thohoyandou (en bas à droite). Vous êtes en droit de vous demander pourquoi nous sommes allés si près de la ligne de centralité alors que nous n'avions toujours pas de certitude météo. En effet, par manque de concertation, cette initiative revient à Joël qui, croyant bien faire, avait réservé des chambres dans cette ville. D'ailleurs, en cours de route, je lui ai dit qu'il aurait été plus judicieux d'arrêter plus tôt. Mais il m'a répondu avec son formidable accent Suisse "C'est pas bien grave, on aura toujours le temps demain de refaire la route dans l'autre sens". C'était vrai mais en cas de panne de voiture ?

 

C'est donc après plusieurs coups de fils, consultation des images météo sur le web et à la télé que nous avons décidé de rejoindre la région de Tutume au Botswana. Et cette animation résumant l'évolution de la masse nuageuse confirme que nous avons eu raison. La dernière image prise 40mn après la totalité montre bien que la région au sud-ouest de Messina c'est retrouvée sous les nuages. Résultat, les nombreux groupes qui avaient choisi le dénaturé parc Kruger, commerce oblige, ont eu des conditions très moyennes d'observation.

 

Alors que nous c'était une tempête de ciel bleu et personne pour perturber notre béatitude. En fait, commr nous n'avions pas de carte précise de cette région, c'est le GPS qui nous a permis de trouver ce site à seulement 1 km de la ligne de centralité. Sur le trépied, un télé de 400 mm ouvert à 5.6, équipé d'un filtre "astrosolar" pleine ouverture. C'est avec cet équipement minimum que les clichés composant l'animation qui suit ont été effectués.

 

Pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'assister à ce spectacle, voici une analyse critique de cette animation qui tente de restituer en accéléré l'observation faite aux jumelles. Concernant l'aspect, la phase partielle est assez fidèle. Par contre la totalité est des plus fantaisistes mais c'est tout ce que j'ai trouvé pour essayer de traduire le côté très subjectif de cette extraordinaire vision. Quant au diamant, pas question de l'observer aux jumelles, c'est beaucoup trop dangereux. Cette image est donc le seul petit avantage sur l'oeil. Cependant, c'est vrai qu'à l'oeil nu on peut voir cet effet de flash mais, pour correspondre à la réalité, il aurait fallu que ce soit quand le Soleil réapparait. Venons en à un autre paramètre tout aussi important que l'aspect ; la durée ou plus exactement le rapport de durée entre les phases partielle et totale. Alors là, c'est n'importe quoi mais c'est pour une bonne cause. Devant un écran, les minutes sont longues. En effet, si j'avais dû respecter ce rapport, avec les 8 secondes de totalité, soit une accélération d'environ 10x, la phase partielle devrait durer 14mn ! Je n'allais quand même pas vous faire ce coup là. Globalement cette animation est donc plus proche d'une vue de l'artiste que de la réalité. J'espère pourtant qu'elle vous donnera envie de faire le déplacement, c'est tellement mieux en vrai.

Pour ceux que la technique intéresse, voici pour finir les conditions et caractéristiques de prise de vue de la phase partielle. Les clichés ont été réalisés avec la même optique et le même film que la totalité, du Fuji Xtra400. Les clichés de la phase partielle ont été réalisés au 1/30 de seconde, diaphragmé à 16 ; exposition et diaphragme choisis pour le premier cliché de la totalité. Toujours pour limiter les manipulations ; c'est toujours hazardeux de changer de film, j'avais calculé qu'en prenant une photo toutes les 5mn, l'ensemble du phénomène tiendrait sur une 36 poses, y compris les 6 clichés de la totalité. Il me restait même un cliché pour le diamant de sortie que j'ai lamentablement raté. Une dernière chose concernant cette fois les 4 images de la totalité. Cette accentuation des détails, à la limite du raisonnable, est obtenue en modifiant la valeur d'opacité de l'étape 8 du traitement numérique résumé ici.

Pour finir et pour vous aider à imaginer un peu mieux ce moment magique, voici un liens vers un concentré sonore (1.1Mo/5mn).

 

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