21 juin 2001 : l'éclipse sauvage

 

 

Observer une éclipse totale de Soleil en compagnie de l'un des plus gros et des plus dangereux représentants de la faune africaine, difficile de faire plus sauvage. En plus l'organisation de ce voyage fut elle aussi particulièrement sauvage. En quelque sorte avec cette page vous avez un exemple de ce qu'il ne faut pas vraiment faire. Mais bon, c'était notre première éclipse de Soleil africaine.

 

©Guide

A moins de préférer le tangage et le roulis de sa partie marine, peu compatibles avec des prises de vues de la couronne, cette éclipse nous proposait 5 destinations au choix ; d'Ouest en Est, l'Angola, la Zambie, le Zimbabwe, le Mozambique et Madagascar. Les statistiques météo favorisant l'Angola, la partie Ouest de la Zambie et la côte Ouest de Madagascar mais voilà, d'autres paramètres plus concrets allaient en décider autrement.

Petite explication pour les non initiés. C'est seulement dans l'étroite bande centrale, en gris foncé, que le Soleil est totalement éclipsé. Et, c'est au centre de cette bande, appelé "ligne de centralité" que la durée de la totalité est optimale. Il est donc indispensable d'être au plus près de cette ligne pour profiter pleinement du spectacle. De part et d'autre de cette bande, l'éclipse est partielle, la Lune ne cache pas tout le Soleil. Et même à plus de 90%, partie la plus claire du dégradé, vous n'aurez pas droit aux sensations que procure ce phénomène et la couronne reste invisible. Si j'apporte cette précision c'est pour vous éviter de partir avec des voyagistes peu scrupuleux qui n'hésitent pas à choisir un lieu d'observation carrément en dehors de la bande de totalité. Je l'ai encore vu sur le web pour l'éclipse de mars 2006.

 

Alors que ce pays ne bénéficiait pas des meilleures statistiques météo et qu'il était à la limite de la guerre civile, voilà que nous décidons d'aller observer cette nouvelle éclipse dans l'extrême nord du Zimbabwe. Mais d'abord pourquoi avoir choisi le continent africain ? C'est la perspective de pouvoir, deux années de suite, "faire d'une pierre deux coups". Je m'explique, fin 2000, et cette éclipse n'y est pour rien, je finis par trouver un endroit dans ce secteur, en Namibie, où installer de façon durable l'astrographe. Ensuite, en consultant mon programme d'éphémérides favori (Guide), je remarque que l'ombre de la Lune traverserait encore cette partie de l'Afrique australe l'année suivante. Deux éclipses totales de Soleil et la flat sous le ciel de Namibie, je n'ai pas pu résister. En fait ce sont ces éclipses qui m'ont décidé à entreprendre ce voyage un peu fou avec plus de 120 kg de matériel. Tout ça c'est bien joli mais pourquoi le Zimbabwe ? Là, c'est beaucoup plus discutable. Comme c'est notre premier voyage dans cette partie d'Afrique, je préfère jouer la sécurité en m'adressant à un baroudeur français, installé à Windhoek capitale de la Namibie, proposant un circuit spécial éclipse au Zimbabwe. Arrivant à Windhoek et ce séjour commençant par l'éclipse, j'avais vu l'avantage de pouvoir déposer tout le matos chez lui. Bien vu en théorie mais grossière erreur en pratique, explications avec l'animation qui suit. Ah ! un dernier détail, le point rouge en haut, c'est là que ce trouve notre campement permanent.

 

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Voici les 9 étapes d'un circuit que nous ne sommes pas prêts d'oublier, tant elles furent riches en imprévus malgré la présence du "pââtrron" rompu à toutes les subtilités du voyage africain. Pour résumer, environ 4000 km de routes asphaltées (en rouge), rarement en bon état au Zimbabwe, et 450 km de pistes (en noir) où entre autre, nous avons eu droit à une vraie partie de 4x4 ; 3 heures pour 15 km ! L'étape qui se termine par un point d'interrogation signifie que nous avons passé le reste de la nuit au bord de la route car notre chauffeur était épuisé. Si c'est pas ça l'Afrique ? Il faut quand même préciser que seuls Chantal et moi avons eu droit à l'intégralité de ce circuit. Le groupe arrivant à Hararé et repartant de Victoria Falls a été dispensé de ce que l'on appelle en rallye des étapes de liaisons qui nous étaient quand même offertes. Toujours est-il que parcourir les 2400 km qui séparent Windhoek du lieu de l'éclipse, le parc de Mana Pools, n'était vraiment pas une bonne idée. Surtout dans les conditions décrites ci-dessous.

 

Le Zimbabwe étant en plein chaos politico-économique, le ravitaillement en carburant était plus qu'incertain. Donc, en plus de l'eau, d'une partie de la bouffe et du matériel de camping, nous emportions tout le carburant nécessaire à sa traversée. Pour rien car Mougabé, le président du pays a décidé deux jours avant l'éclipse de ravitailler les stations service d'Hararé. Avec les deux 4x4 surchargés il était impossible de dépasser les 70 km/h alors que l'état des routes au Botswana permettait au moins le 100. Et que dire des nuits à Maun et Plumtree (la photo), seule la fatigue de la route nous a permis de dormir un peu. Mais comme c'était gratuit, on peut dire qu'on en a eu pour notre argent. Pour notre premier séjour en Afrique australe, nous avons été comblés ! Avec cette organisation plus que moyenne, on pouvait craindre le pire pour le jour de l'éclipse...
 

Pour qu'il n'y ait pas que les yeux à bosser, vous devriez ou vous allez entendre (ça dépend de la connexion) l'ambiance sonore enregistrée juste avant, pendant et juste après la totalité soit 3mn 49s. Ca va peut-être vous paraître long et pourtant en réalité c'est toujours trop court. Bien que ce soit impossible de se représenter un tel phénomène quand on ne l'a jamais vécu, j'espére qu'avec ce moyen supplémentaire vous ressentirez un peu de l'indéfinissable émotion que l'on éprouve quand on se trouve plongé dans l'ombre de la Lune. Et surtout que cela vous donnera envie de faire partie des prochains privilégiés. Comme m'a écrit Pierre Charpentier, auteur de cette excellante idée, merci Pierre, "on est vraiment sur place".

Si, et c'est toujours possible, vous n'entendez rien même au bout de 5mn, le lien ci-dessous vous permet d'accéder directement au fichier "mp3". Encore une fois je m'excuse auprès de ceux qui n'ont pas l'adsl mais je n'ai pas pu me résigner à faire plus court. Au contraire, j'ai recopié trois fois le mot qui est toujours prononcé et qui résume peut-être le mieux cet extraordinaire spectacle : "incroyable".

Ambiance sonore (1.6Mo/5mn/MP3)

 

Et si le pire n'a pas eu lieu, nous l'avons évité de justesse. Excusez pour la médiocre qualité de ces images prises après la totalité mais, à cause d'une lamentable erreur de réglage, les diapos étaient complètement sous-exposées. C'est aussi ça les éclipses de Soleil, on n'a plus toutes ses facultés. Il faut dire que là encore nos nerfs ont été mis à rude épreuve. Normalement, nous n'aurions jamais dû être là, nous n'avions pas le permis pour accéder à cette partie du parc. Mais il en fallait d'autre pour arrêter notre aventurier de "Pââtrron". Il a quand même fallu que nous nous déplacions de quelques centaines de mètres moins d'une heure avant le début du phénomène. Ensuite, la proximité d'un hippopotame immergé dans le Zambèze n'était pas faite pour nous rassurer. En fait cette idée d'être dans ce parc pour profiter de la réaction de la faune n'était pas très bonne non plus. Nous avons dû camper assez loin de la ligne de centralité et, en cas de ciel couvert, nous n'avions pas une grande marge de manoeuvre pour tenter de trouver un coin de ciel dégagé. Mais sur ce coup là la chance était au rendez-vous...

 

 

Et oui, nous avons eu droit à une tempête de ciel bleu avec au premier plan le fleuve Zambèze et, sur l'autre rive, la Zambie. Non, non, le truc noir qui dépasse n'est pas la tête d'un hippopotame mais un inoffensif tronc d'arbre. Mais les "hippos" n'étaient pas bien loin, un solitaire à moins de 100 mètres et sans les barreaux, qu'allait-il faire pendant la totalité ? bonjour l'angoisse ! Et bien rien, à par quelques grognements, il est resté sagement dans l'eau, Ouf ! Par contre, comme à leur habitude, les très nombreuses espèces d'oiseaux présentes dans ces régions ont nettement réagi. Et que dire des êtres humains qui sont au moins aussi expressifs. Enfin bon, tout est sur l'enregistrement. Le petit point blanc en dessous et à gauche du Soleil éclipsé, c'est Jupiter. Malheureusement le film n'a pas voulu enregistrer Saturne qui était pourtant bien visible. Il faut dire que cette photo, prise au milieu de la totalité, n'a bénéficié d'aucun matériel particulier, même pas de trépied. Un objectif de 50 mm ouvert à 2, du Superia 800 et 1/15 de seconde, comme quoi la couronne solaire est quand même très lumineuse. Remarquez également cette lueur crépusculaire rougissant l'horizon et cela sur 360 degrés. C'est en partie elle qui produit l'ambiance lumineuse irréelle que cette image essaie vainement de restituer. Il parait que deux étoiles de la constellation d'Orion : Rigel et Betelgeuse, et bien sûr l'étoile la plus brillante du ciel : Sirius, étaient également visibles. Moi, j'étais trop occupé à prendre les photos qui m'ont permis de réaliser les images suivantes pour avoir le loisir d'admirer tout ça...

 

Comme vous pouvez l'entendre dans l'ambiance sonore, le plus souvent ce sont ces flammes roses, les protubérances, que l'on remarque en premier ainsi que ce mince liseré, la chromosphère (en haut) qui, avant de disparaître, est de plus en plus morcelée par le relief lunaire. A cause du risque de brûlure rétinienne, cette observation n'est à tenter qu'au début de la totalité. Si, avec des jumelles, on peut apercevoir ces détails, avec un instrument astronomique c'est nettement mieux. De même pour la prise de clichés, j'ai dû agrandir exagérément ce cliché pris avec le téléobjectif de 400 pour obtenir ce résultat médiocre comparé à ce que l'on peut faire avec une lunette de un mètre de focale. En fait c'est le premier cliché pris pendant la totalité. Le Supéria 400 a été exposé 1/250s, le téléobjectif étant diaphragmé à 16. Mais j'avoue que cette observation est loin de faire partie de mes priorités car il est facile de la faire en dehors des éclipses avec un instrument spécial appelé "coronographe".

 

 

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Voici en 4 images les instants où le rythme cardiaque atteint son maximum. Non, non, je ne déconne pas, c'est vraiment ce qui se passe quand, en quelques fractions de seconde, le dernier rayon de Soleil, appelé "diamant", disparaît laissant place à ce que certains observateurs inspirés ont osé comparer à une "chevelure argentée" qui est en réalité une partie de l'atmosphère solaire. En effet, il est facile de tomber dans ce type de comparaisons en présence d'un pareil phénomène pourtant régi par les très cartésiennes lois de gravitation. Si cette vision de l'atmosphère solaire, qui ne dure ici que 10 secondes, est déjà féerique à l'oeil nu, avec des jumelles ça dépasse le sublime. Mais attention au brutal retour de la lumière qui en moins d'une seconde viendrait irrémédiablement endommager la rétine. C'est, entre autre, pour cette raison qu'il faut toujours un volontaire pour avertir les autres, les yeux rivés aux instruments, que cet incroyable spectacle va hélas prendre fin. Bien sûr, avant et après cet instant magique il y a toute la phase, dite partielle, où le disque solaire se transforme en un croissant de plus en plus mince. Mais à cause de la fatigue et de l'énervement, j'ai préféré me concentrer uniquement sur cette partie la plus délicate à mettre en images. Malgré l'état dans lequel je me trouvais, j'ai quand même réussi à prendre 3 photos du diamant et cela sans moteur...

 

Pour cette nouvelle éclipse, je m'étais fixé comme but une image assez réaliste de la couronne sans utiliser de monture équatoriale. C'est donc avec un banal trépied, un téléobjectif apochromatique de 400 mm et du Superia 400 qu'ont été réalisés les 8 clichés à l'origine de ces images composites ; les temps d'exposition allant du 1/250s à F/16 au 1/4s à F/5.6. Et, comme chaque en à sa propre vision, c'est à coup de traitements numériques résumés ici, que j'ai essayé de reproduire plusieurs aspects de cette couronne, chevelure ou iris m'a t'on dit en voyant ces images. Mais c'est en l'observant en direct que vous pourrez choisir ou trouver un nom qui correspondra le mieux à vos sensations. Voici donc un bon conseil, prévoyez des vacances l'année prochaine autour du 29 mars, en Turquie ou en Libye pour les destinations les plus intéressantes, une nouvelle représentation de ce fantastique spectacle y est programmée.

En conclusion, c'est avant tout grâce à la chance que nous avons pu une nouvelle fois admirer une éclipse. Et c'est pour cette raison que je ne suis pas prêt à renouveler ce genre d'expérience et que je ne vous conseille pas de tenter, le paramètre chance étant beaucoup trop aléatoire. Cela dit, pour ce type de voyage, comme il est impossible de tout prévoir, il faut espérer que la chance soit au rendez-vous.

 

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